Par définition, le front est en général une organisation politique regroupant des organisations et des personnalités politiques d’origines philosophiques et politiques diverses, mais  que réunissent la poursuite d’un objectif commun. Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil se veut une organisation qui entend regrouper des organisations démocratiques et des démocrates et patriotes togolais, qui partagent la même volonté de contribuer, de participer à la lutte du peuple togolais  pour sa libération, pour la démocratie et pour le progrès social.

De nombreux exemples de front ont existé et existent dans le monde. Nous connaissons ainsi le Front populaire constitué en 1936-1938 en France par le Parti Communiste, le parti socialiste et le parti radical, dans le but de faire barrage à la montée du fascisme, et qui a réalisé des avancées démocratiques; de même toujours en France le Front national constitué en mai 1941 par le Parti Communiste français  pendant la lutte contre l’occupation nazie. En Algérie, c’est le FLN (Front de Libération Nationale) qui conduit la lutte contre le colonialisme français. Au Sud-Vietnam, le FLN (le Front National de Libération) contre l’impérialisme US a beaucoup marqué les luttes émancipatrices des années 1960 et 1970.

Au Togo, nous avons eu le Front uni national en 1958. Ce front regroupait  des partis politiques: le  CUT, la JUVENTO, le MPT, le mouvement syndical représenté par l’UNTT, la jeunesse estudiantine représentée par Jeune-Togo. Son objectif: en finir avec le colonialisme français. C’est  ce front qui remporta l’élection du 27 avril 1958.  Il est donc à l’origine de la victoire populaire du 27 avril 1958 puisque c’est avec le front que fut remportée la victoire électorale. Rappelons aussi le front putschiste du 21 novembre 1966 constitué par les militants du CUT, de la JUVENTO, les débris du PAI  et une junte militaire dirigé par le tandem Assila-Eyadema pour faire tomber le gouvernement Gruniztky-Méatchi. Le front de novembre 1966 avait déclenché un mouvement populaire qui a débouché sur un véritable putsch: la prise du pouvoir de l’autocrate Eyadema en janvier 1967.

En 1991, les faux démocrates qui, lors du début  du mouvement démocratique en octobre 1990 n’ont cessé, dans leurs quêtes du pouvoir par la négociation avec la dictature, d’ériger différentes sortes de front qui, évidemment ont lamentablement échoué. C’est le cas notamment du FAR, FOD et COD des années 90. La coalition des 6 partis qui a présenté un candidat à la mascarade électorale du 24 avril 2005, est aussi une forme de front.

Le front uni national de 1958 au Togo  a certes permis la victoire populaire du 27 avril, mais il avait des limites, des lacunes évidentes, notamment:

 * par son caractère de simple conglomérat conjoncturel de partis et d’organisations, sans aucune structure permanente;

* par son objectif purement électoral;

* par son refus à définir le contenu de l’indépendance,  de tracer une perspective claire après cette indépendance, bref par son absence de programme.

Dans ces conditions, le front était appelé à éclater à la moindre occasion. L’indépendance n’a pas débouché sur la libération nationale; elle s’est limitée à la substitution de bourgeois autochtones aux colons blancs, au passage du colonialisme au néocolonialisme. 

Pourtant c’est cet exemple que les fronts ultérieurs (FAR, COD, FOD et la  Coalition des six partis..) tentent toujours de recopier, dans l’espoir évidemment fallacieux d’un autre 27 avril: même caractère de conglomérat, rassemblement hétéroclite de clubs électoraux; même caractère conjoncturel et purement électoral, plus précisément électoraliste (ils ne se forment qu’à la veille d’un scrutin et disparaissent après pour se reformer; même absence de perspective en dehors de «l’Etat de droit»; même absence de programme.).

Ces genres de front sont incapables de conduire à un véritable changement démocratique, ils peuvent tout au plus déboucher sur l’émergence d’un régime oligarchique, à la place de l’autocratie actuelle.
Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises  en Exil  se présente autrement. En effet, tant dans son organisation que dans ses objectifs il ne saurait être un regroupement conjoncturel d’organisations. Certes dans un certain sens, il comprend en son sein des  organisations politiques telles que  le CTCL et L’EXILÉ et ce, pour des  raisons bien précises: ces organisations  par leurs initiatives, sont à l’origine du Front. Par ailleurs, la ligne politique anti-impérialiste développée par l’une et par l’autre a toujours montré sa justesse et forme le socle de notre Front. Mais en plus, le Front est lui-même comme une véritable organisation politique, une organisation politique permanente, c’est-à-dire:

* il est doté d’une direction (Comité Exécutif); 

* d’organisations de bases permanentes (Comité d’Etude d’Action et de Soutien);

* en plus et en dehors des organisations citées, l’adhésion y est individuelle; on est  militant du front à titre individuel, et non au titre de telle ou telle organisation;

* il  a ses règles de fonctionnement permanentes, et des règles qui fixent les droits et les devoirs de chacun;

* il a une plate-forme.

L’objectif du Front en tant qu’organisation politique en terre d’exil, est de contribuer et de participer à la lutte émancipatrice du peuple. Sa plate-forme est celle de soutien et d’appui sans faille au programme des forces démocratiques nationales qui luttent sur le sol national pour la libération nationale, c’est-à-dire des forces:

* qui rejettent toute conciliation avec l’autocratie et qui considèrent que la démocratie ne peut s’instaurer sans la destruction de celle-ci;

* qui lient la lutte pour la démocratie et la lutte contre la domination impérialiste et néocoloniale; la lutte contre l’impérialisme français en particulier;

* qui font du peuple mobilisé et organisé, de la lutte révolutionnaire du peuple, le moteur du changement démocratique et qui se démarquent de tout électoralisme;


La lutte pour la libération est un processus long et multiforme qui ne s’achève pas avec la chute du pouvoir anti-populaire. Elle se poursuit bien au-delà, et par conséquent, le Front également.